Tchad : constats amers

Farchana

 

Je suis crevé, j’en ai marre de réfléchir seconde après seconde. Je continue à réfléchir encore et encore sans trouver de réponse… Je réfléchis à comment m’exprimer sans toutefois déverser toute la rage et la colère qui sont en moi. Le fait est que l’envie d’écrire m’est revenue mais sous un constat amer. Comment en est-on arrivé là ? Comment ce pays, ou plutôt cet oasis, producteur de pétrole, grande nation et grande armée, premier sponsor africain en ligue 1 n’arrive-t-il plus à payer ses fonctionnaires depuis plusieurs mois ? Pourquoi les portes des universités tchadiennes sont-elles fermées depuis six mois ? Pourquoi le pays est-il aujourd’hui plongé dans une crise économique sans précédant ?

 

A propos de cette crise, un syndicaliste disait : « Le Tchad s’est tout simplement arrêté. »

 

Peut-être que le Tchad ne s’est pas encore arrêté… mais jusqu’à quand ceux qui nous ont plongés dans cette crise vont-ils nous demander de serrer encore et encore la ceinture ? Nous donner des leçons de modestie, ne pas voler, ne pas piller les biens publics, bref c’est comme supplier un vautour affamé de ne se rassasier qu’à moitié. Comprenne qui pourra.

Inégalités sociales

Nous ne sommes pas encore à la veille d’une équité sociale au Tchad, et, lorsque je prends encore le temps de me promener dans cette ville lassante appelée à tort Ndjamena* je dirais même que nous en sommes très loin. La crise actuelle le démontre. Les riches vivent dans leur monde et les autres survivent dans le leur. Préoccupées par le besoin, les adolescentes se prostituent sous le regard complice des parents. La société est détruite. On ne veut plus le bien, on veut le gain. On vit dans l’inconscience des véritables enjeux. Beaucoup de jeunes ont cédé à la tentation du gain et de l’argent facile par le biais de promesses, promesses d’un poste, promesse d’une intégration au sein de la fonction publique… Ils déposent leurs dossiers, croisent les bras, prient, consultent des pseudo marabouts, se disputent sur le Championnat d’Espagne… incapables de prendre leur destin en main.

Une classe politique moribonde

Il y a des moments dans la vie où certains se rendent compte qu’ils n’ont vécu que des échecs, des ratages, durant toute leur vie, par pure incompétence. Ils décident donc de changer de veste : pourquoi ne pas créer un parti politique ?  Ils mobilisent leurs enfants et leurs cousins (largement suffisant), là une chose est sûre : il n’y aura pas d’échec dans cette aventure. Ils font alliance avec le tout puissant parti au pouvoir, éternel gagnant, le Mohamed Ali de la politique, oui grâce aux « coups K.O ».

 

 

Sinon ils jouent à l’opposant politique. Ou plutôt à l’opposant le matin et au griot le soir. Parce-que dans ce monde politique fortement «griotisé», il n’y a pas de convictions politiques. On se soucie des préoccupations du peuple uniquement à l’approche des élections, on les oublie dès le lendemain. Les maires dans leurs bureaux, les députés dans leurs châteaux et le Président dans… je vous laisse deviner. Puis, suite attendue,  l’opposition crie à la fraude, elle organise des conférences de presse, elle réclame un dialogue et elle finit par entrer au gouvernement, chapitre clos.

Une censure de trop

Il est vraiment difficile d’être dans une situation difficile.

Des fils de dignitaires violent, ils filment et publient leurs actes horribles sur internet, et ce, sans la moindre crainte d’être inquiétés. A cause du tabou qui existe dans cette société et du népotisme de nos gouvernants, nous sommes piétinés et humiliés. Nous sommes devenus leurs serpillières.

Cerise sur le gâteau : quatre mois de censure sur les réseaux sociaux. Je ne serai pas étonné quand nos autorités parleront de problèmes techniques en évoquant la censure. Tous les réseaux sociaux sont bloqués y compris des sites n’ayant aucun lien avec le Tchad, comme Commentçamarche ou Openstreetmaps, tous sont blacklistés.

 

 

 

Dans un pays où le coût d’accès à internet est l’un des plus cher au monde, s’ajoute une censure aveugle. La paranoïa a atteint son paroxysme.

Besoin d’équité, de rigueur et de transparence, si on veut, un jour, voir ce pays loin de cette précarité,

J’me tire!

 

*Ndjaména : signifie étymologiquement « la ville où l’on se repose »

 

 

 

Cinq nuances du racisme en Tunisie

Crédit: Wikipédia

Crédit: Wikipédia

Je sais que beaucoup d’entre vous se sont alarmés après l’élimination de la Tunisie lors de la dernière CAN et les actes racistes qui ont émaillé  cet évènement sportif. Le racisme est probablement ce qui est le plus partagé à travers le monde. Il n’a pas de couleur ni d’origine il est en nous, avec nous.

1-      Touche pas à mon Foot :

Ce soir du 31 janvier, j’étais personnellement surpris par le résultat du match. Supportant la Tunisie, je regardais le match tranquillement dans un café  jusqu’au coup de sifflet fatal de l’arbitre mauricien. Concert de zebbé ! Un penalty. Déçu, je sors avec mes potes. L’ambiance est à l’insulte, dénigrement et autres imbécilités sur l’arbitre et sans appel sur les Equato-Guinéens. Arrivés devant l’immeuble, un groupe de jeunes lance en notre direction :  » Dégage Hayatou, dégage les Africains, dégage Mamadou « . Sacrée foot ! Dire qu’on supportait il y a quelques minutes la même équipe.  Racisme ? Oui, mais c’est le foot  l’élément catalyseur.

2-      Les préjugés

Un préjugé, c’est comme la mauvaise haleine, ça ne devrait faire du mal à la personne, mais c’est la personne en face qui en souffre. Chaque individu construit son système de préjugés par apprentissage dans un certain contexte culturel ou religieux. Quand des policiers te disent abid (esclaves) ou que des enfants te lancent « Drogb », ceci démontre le sentiment qu’a construit chacun sans pour autant en avoir le pouvoir de démonstration.

3-      La religion

Attention danger ! Il paraît que la plupart des taximans sont des homosexuels. Oui ? Non ? En tout cas, le taximan, lui peut te raconter toute sa vie juste pour un petit trajet. Un jour, un taximan (du moins, il avait un taxi) m’a dit qu’il était à la cherche d’un Noir pour soi-disant faire l’amour. Sacrilège ! Une blague ? J’ai pensé que le gars me guettait peut-être depuis bien longtemps et que ce taxi n’était  qu’un alibi. Sinon, comment peut-on parler avec aisance d’un tel sujet avec un inconnu ? Mais la grande surprise a été sa dernière question;  question qui revient souvent d’ailleurs avec les taximans :  » Es-tu musulman ?  »  Où est le lien ? Ahh oui tiens ! Peut-être parce que je suis noir. Le Noir qui n’est pas pédé est-il absolument un musulman ?

4-      L’ignorance :

Pomme, orange, poire ou raisin, ce sont tous des fruits pour moi. Appelez quelqu’un Mamadou tout simplement parce qu’il a la peau noire, ça je trouve ignoble. L’ignorance, le non- éveil des mentalités, sont parmi les principales causes du racisme. L’ignorance et le racisme y vont de pair d’ailleurs. Cette pensée de Gide résume la situation : « Moins le Blanc est intelligent, plus le Noir lui paraît bête ».

5-      Africains et pas fier de l’être.

L’année passée, la mère d’un ami malien venue se faire soigner a refusé de prendre sa fiche et insisté qu’on la modifie. Motif ? Le médecin malgré ses sept ans d’études n’a pas hésité à mettre : nationalité africaine sur sa fiche. Et oui, c’est la question qui revient souvent : le Maghreb fait-il partie du continent africain ? Justement non. Tout comme la terre n’a jamais été ronde et que le PDG de Pepsi-Cola n’a jamais vendu de boisson gazeuse.

J’me tire

 

Mon Islam à moi

 

Crédit: commons.wikimedia.org

Crédit: commons.wikimedia.org

Il y a les musulmans, l’islam et moi, et j’aimerais ne pas tout mélanger. Tout ce qui m’entoure en ce moment précis, contribue à me soutenir dans cette ambition. Chaque jour, chaque semaine chaque mois porte son fardeau .Tout pousse à l’amalgame, au brouillage, au dérapage. En avril dernier, de centaines de filles ont été enlevées, violées et torturées par Boko Haram au Nigeria. En septembre, Hervé Pierre Gourdel, guide de haute montagne français a été décapité par les « Soldats du califat », un groupe djihadiste algérien. Il y a quelques jours, Un commando taliban a attaqué une école au Pakistan faisant 141 morts dont 132 enfants. Aujourd’hui, comme des milliers de personnes, je suis encore sous le choc de l’attaque terroriste contre l’équipe de l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Les instincts de survie dans ces cas-là sont redoutables.

Ces barbares égorgent, décapitent et violent «  au nom d’Allah ». Peut -être qu’il ne sert à rien de s’opposer à des mécaniques infernales enclenchées par des inconscients et des apprentis-sorciers. Mais le soupçon est croissant et le dénigrement systématique. On a fait commerce de peur et de haine, de fantasmes et de crise d’identité. Si les tueurs ont crié « Allah Akbar », c’est aussi contre l’islam et les musulmans qu’ils ont agi.
Ils en sont aussi victimes, et sont tout aussi indignés et écœurés. Et dans un tel contexte, faire entendre une voix nuancée, qui condamnerait sans aucune équivoque cette tuerie mais qui refuserait les amalgames, sera difficile. Il le faudra pourtant. Je suis musulman et j’avoue avoir toujours vécu ma religion comme un facteur de partage de culture, des traditions. Elle m’apprit à respecter les autres religions et d’accepter l’autre tel qu’il est.

 

Mon Islam à moi, n’est ni terroriste, ni fondamentaliste. C’est plus d’un milliard d’individus, des langues, des civilisations et des cultures différentes porteuses de traditions extraordinaires. Mon Islam à moi est un mélange, c’est un ‘est un arc en ciel. Mon Islam à moi a fait descendre ses fidèles pacifiquement dans les rues des plus grandes villes pour exprimer leurs désaccords, leurs colères. Mon Islam à moi a riposté pacifiquement contre les caricatures de son prophète en 2006, en 2012, et continuera de le faire.

Et au-delà du chagrin et de la pitié s’inscrit le devoir de justice. Ce n’est pas par la haine et des actes xénophobies qu’on défend la liberté contre ses ennemis. Ceux -là qui crient « allahou akbar » au moment de tuer d’autres hommes, se trahissent par fanatisme l’idéal religieux dont ils se réclament. Ils espèrent que la colère et l’indignation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l’égard de tous les musulmans. Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent d’ouvrir entre les musulmans et les autres religions. Allumer la haine, susciter par le crime la violence inter-communautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides.

J’me tire

La Francophonie leur va si bien

Crédit: Wikipedia-francophone

Crédit: Wikipedia-francophone

J’adore le français. Ce n’est ni la langue de la science, ni la langue du business et ni la langue des nouvelles technologies. Mais la langue française est en train de se renouveler et se transformer, devenant une langue véritablement métisse et universelle. Cette langue n’est pas ma langue maternelle, mais à vrai dire, je n’ai pas souvenir d’avoir « appris » le français. Tout ce que je sais, c’est que j’ai commencé à pratiquer cette langue à partir de la maternelle. Normal :  le Tchad était une colonie française.

Une bonne nouvelle en ce jour pour les francophones: une femme a été nommée au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) lors d’un huis clos des dirigeants ce dimanche 30 novembre 2014 à Dakar. Michaëlle Jean, ex-gouverneure générale du Canada, âgée de 57 ans est la première femme à accéder à ce poste. Mais la Francophonie est en retard économique. Seuls deux sont francophones sur les vingt pays les plus riches du monde. L’Afrique à travers sa partie francophone reste dépassée par les États anglophones plus responsables et faisant preuve d’une plus grande capacité d’innovation.

Pourtant, le français est un atout économique. Les 77 Etats et gouvernements membres de l’OIF représentent 14 % du revenu brut mondial et 20 % des échanges commerciaux à l’international. La langue française se situe dans le peloton de tête sur Internet et les réseaux sociaux, occupant la quatrième place par le nombre d’internautes. Elle est en troisième position dans les blogs et sixième dans YouTube. Le français est considéré comme la troisième langue des affaires dans le monde après l’anglais et le chinois. Le nombre de francophones dans le monde est passé de 220 millions en 2010 à 274 millions en 2014. L’Afrique malgré la faible qualité de son enseignement est la région où la progression est la plus forte avec une augmentation de locuteurs de 15 % en moyenne en Afrique subsaharienne. Donc, l’avenir démographique de la langue française se joue en Afrique.

On ne peut parler de Francophonie sans l’Afrique

L’Homme africain a marqué l’histoire tout comme la Francophonie. Les locuteurs du français parlé en Afrique ont inventé nombre de mots qui enrichissent notre langue commune. Le français au contact des différentes cultures se renouvelle et se réinvente en « s’ivoirisant », « se malinkisant » ou « se malgachisant ».

J’me tire

 

Chez moi, République des “sans-dents”

Va_donc_chez_le_dentiste,_nigaud!_(Well_then_go_to_the_dentist,_fool!)

OUI, il y a sur cette terre des illettrés, des ouvriers, des chômeurs, des sans domiciles, des sans-papiers… des sans-dents. Bref, comme il y a toujours eu des pauvres, des moins pauvres, des riches et des richards.

Dans son livre Merci pour ce moment, Valérie Trierweiler, ex-compagne de François Hollande révèle à propos de celui-ci : « Le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : “Les sans-dents”, très fier de son trait d’humour. » Pour avoir lu son livre (je l’ai téléchargé en version numérique piratée et merci aux internautes d’avoir pensé aux  autres ‘sans-dents’), je dirais que les propos sont moqueurs oui, mais Valérie Trierweiler se venge. Elle a été profondément et surtout publiquement humiliée. Alors, elle voulait faire mal et c’est réussi.

En tous cas, elle vient de gagner de quoi s’acheter une magnifique villa avec son petit bouquin laissant derrière une armée de médias face à un homme qui fait de son mieux pour son pays. Je préfère les gens qui sont humains, et j’aime bien les traits d’humour. Et effectivement, si chacun d’entre nous devait être jugé sur ce que raconte son ex, franchement, je ne sais pas qui s’en sortirait avec les honneurs. Surtout si lesdits racontars se monnayent en fonction de leur cruauté. Le manque de respect à l’égard des plus pauvres est bien sûr indigne. Aussi que l’indifférence face à leur sort est aussi insupportable.

Si l’on écoute les hommes politiques, la France ressemble à l’enfer : un territoire peuplé de malades, de tricheurs, de girouettes, de sans-dents … Charmant ! Les Français font comme si ils vivaient sur des braises. Détendez-vous ! Il y a pire ailleurs.

Ici, au Tchad, le pétrole coule à flots, pour le bonheur d’une petite élite

C’est la faute des pauvres s’ils sont pauvres. On aime souvent indexer les pauvres. Le pauvre, c’est laid, ça pue et c’est tout voleur et compagnie. Alors si c’est le cas, permettez-moi de dire que chez moi, les pauvres ne sont pas seulement ‘sans-dents’. Ici, au Tchad, le pétrole coule à flots, pour le bonheur d’une petite élite Pays parmi les plus pauvres de la planète. On s’attend à quoi ? Les villages, les mornes arides et les savanes désolées constituent des espaces de misère dépourvus de toute forme d’infrastructure. Là, il y a des gens qui survivent mais ne vivent pas, des gens qui ont une existence au sein du pays mais pas de citoyenneté. Dans ce pays, les pauvres représentent plus de 70 % de la population et ils sont réduits à l’état de minorité par les élites politique et économique.

Ici, c’est toujours le pauvre qui est le premier à chanter la gloire des plus hautes autorités. C’est lui qui applaudit sous le soleil au passage du cortège présidentiel, c’est lui qui chante et danse lors des campagnes électorales, c’est lui dont on achète le vote pour 1 kilo de sucre. C’est toute une République des pauvres, avec une population pauvre. Ici, la pauvreté c’est non seulement ces statistiques savantes qui nous parlent de seuil de pauvreté, mais tout un système. Le pauvre n’est pas que ‘sans-dents’, mais aussi sans oreilles, sans cerveau, sans yeux, sans bouche… SANS RIEN.

J’me tire

 

 

Au Tchad, du Pétrole Bucket Challenge

Un homme relevant le défi Cc commons.wikimedia.org

Un homme relevant le défi
Cc :commons.wikimedia.org

 

Pour être né et grandi dans une des régions les pauvres de la planète, mais aussi chaude et aride. Une région qui sème l’harmattan, récolte des tempêtes de sable, en proie à la sècheresse et à une désertification qui connait une progression inexorable, en bon sahélien je ne doute point de la valeur qu’a l’eau pour la population dans cette zone. Au Sahel, on a appris à vivre avec l’essentiel. Ici, la vie des hommes et de leurs bêtes dépend des points d’eau disponibles. La quantité d’eau principalement peu importe la qualité.

Il y a de cela quelques jours, je tombais sur un drôle de jeux devenu une campagne virale sur les réseaux sociaux : le ALS IceBucket Challenge. Au départ, notamment suite à la participation de Mark Zuckerberg, Bill Gates ou Larry Page je me suis dit : tiens, encore un jeu de bourgeois. Le principe consiste au geste de renverser ou se faire renverser un sceau d’eau glacée sur la tête. Ensuite, lancer le défi en invitant un ou plusieurs amis à reproduire le geste. A défaut de se prêter à ce jeu, la personne doit faire un don à une association caritative

Au fur et à mesure les vidéos de ce jeu de défi pour la bonne cause nourrissent les réseaux sociaux et s’exportent à travers le monde entier. Des hommes politiques, et particuliers se sont mis au défi. Et on ne compte plus les acteurs, pop stars, ou reines de la mode trempés. Ou peut-être même F.Hollande avec son discours sous la pluie. Qui sait.

Alors, ce qui était un jeu avec un objectif caritatif est devenu le phénomène viral le plus important de cet été. Et comme souvent dans ces genres d’exercices, le buzz a provoqué plusieurs faits divers. Par exemple, le challenge a mal tourné pour quatre pompiers aidant des étudiants à réaliser un Ice Bucket Challenge en les arrosant d’eau sur un terrain de sport de l’université aux Etats-Unis. Ou encore le défi démesuré de ce Belge qui se trouve actuellement dans le coma après avoir été assommé par 1500 litres d’eau à partir d’un hydravion.

Donnez d’eau, au lieu de gaspiller

Alors, ceci a titillé ma curiosité. J’ai donc regardé sur internet une dizaine de vidéos du fameux jeu. C’est là que mes souvenirs d’enfant du Sahel me précisent exactement que le jeu a pris un tournant diffèrent. Déjà, je ne suis pas un fan de ces genres de jeux à défi. Ensuite,on peut se poser la question : combien de litres d’eau de surcroit potables (et même glacés !) ont été gaspillés ?

L’eau peut être précieuse dans certains endroits du globe. Pour avoir vu comment les enfants parcouraient de dizaines de kilomètres pour trouver un puit, l’effort, la souffrance et le courage pour puiser, les éleveurs qui doivent parcourir des kilomètres dans le sable pour faire paître leurs troupeaux, tout le monde n’a pas cette chance de faire du Ice Bucket Challence .

Une journaliste indienne a ainsi décidé de reprendre le concept en l’adaptant à la réalité locale qu’elle a appelé le Rice Bucket Challenge. Au lieu de se mouiller avec l’eau glacée, plutôt donner du riz à une personne qui en a besoin. Les palestiniens de Gaza qui viennent de sortir de 50 jours d’une guerre meurtrière n’ont ni eau ni riz. Alors ils ont créé le Rubble Bucket Challenge. Il ne reste que les gravats de leurs maisons détruites qu’ils se versent sur la tête en s’adaptant au concept. Pas très drôle.

En Afrique, une douche contre Ebola

En Afrique, la blogeuse ivoirienne Edith Brou a initié le #MousserContreEbola. Dans cette version, il s’agit de se renverser un seau d’eau mousseuse sur la tête. Une manière de rappeler que la lutte contre le virus Ebola passe d’abord par une bonne hygiène corporelle.


 Au Tchad, de la nourriture contre le pétrole. 

 

Je pense qu’il est plus utile de nourrir les gens et leurs donner à boire, avant de se verser l’eau sur la tête. Dans ce pays producteur du pétrole, mais un des plus pauvres de la planète, et dont la capitale est classée comme étant la deuxième ville la plus chère du monde, on ne peut parler de Ice Bucket Challenge. Ici, les gens cherchent à manger à leur faim, à boire pour leur soif. De toutes les façons, on ne peut se permettre le luxe de verser l’eau glacée sur la tête avec ce 40 degré sous l’ombre. Une bouteille d’eau coûte plus chère qu’un litre d’essence. Alors si on devrait s’y mettre, ça sera naturellement du Pétrole Bucket Challence, en partant du fait qu’on a n’a ni eau ni riz en quantité pour en faire un jeu avec. Vu qu’on ne peut pas boire le pétrole, et que tout le monde ne dispose pas de 4×4 pour y mettre le Gasoil, on ne peut  s’amuser qu’avec ça. Mais attention le pétrole lui est inflammable. Alors, dans cette version, (ma) règle consiste en ce que l’initiateur lance le défi directement à deux personnes de préférence impliquées dans la gestion des revenus pétroliers à se verser un seau de pétrole sur la tête. Pour commencer, je lance le défi à nos deux bourgeois nationaux : le PR et son PM. En l’adaptant au concept du jeu, à défaut de relever le défi, la personne doit offrir à 5 millions de personnes d’eau potable. Peu importe le nombre, pourvue qu’il y ait d’eau en quantité et qualité aux quelques 10 millions de tchadiens.

Allez, je vous laisse ma dose de challenge pour la journée, le mois ou quelques années (choisissez la proposition que vous préférez).

J’me tire

 

Un jour de fête, un jour de paix

 

Crédit: Pixabay

Crédit: Pixabay

 

Chaque jour est une vie, chaque vie est une chance, chaque chance est un bonheur et chaque bonheur est une fête. En ce jour marquant la fin du mois de ramadan, près d’1, 6 milliard de fidèles musulmans dans le monde célèbrent la fête de l’Aid el Fitr dite fête de ramadan. Profitant de cette occasion, toutes mes félicitations et mes vœux les meilleurs à ceux-là qui se sont abstenus de boire et de manger durant ce mois. Que la paix soit effective sur cette terre et que tous les Hommes appartenant à toutes confessions confondues apprennent à vivre ensemble, en privilégiant le dialogue pour la paix dans le monde.

Je souhaite bonne fête à tous sans oublier ceux qui se trouvent en prison, dans les hôpitaux. Ceux issus des familles polygames comme moi  vont trouver lors de cette fête la joie familiale, la convivialité fraternelle, le partage et le bonheur, loin des rivalités et autres jalousies quotidiennes. En ce jour, mes pensées vont aux familles endeuillées dans le crash du vol AH5017 d’Air Algérie, dans celui abattu par un missile en Ukraine, aux enfants de la bande de Gaza, que ça soit un jour de paix et de justice pour eux.

La planète tourne à l’envers, ça me fait peur. En ce moment de festivités alors que j’écris ces lignes, les lois sont devenues muettes au milieu des armes : des fillettes sont enlevées et violées, des enfants sont massacrés, des avions sont abattus. Que ce jour soit un jour de paix pour Israël et la Palestine. Je revois sans cesse les victimes civiles. Je suis révolté par les atrocités commises sous le regard complice de l’ONU, l’UE… Le monde ne sera pas seulement détruit par ceux qui font le mal, mais aussi par ceux qui les regardent sans rien faire.

Je rêve aussi d’un jour de paix pour mon continent endeuillé par des spectacles désolants : des villes anéanties, des villages réduits en cendre, des mosquées et églises incendiées. Ma pensée va vers les civiles en RCA, en Libye en RDC… les enfants somaliens, soudanais, tchadiens, les fillettes du Nigeria.

Que ce  jour apporte la paix à tous ceux qui sont victimes d’injustice dans le monde. Que l’amour gagne contre la haine, la paix contre l’hostilité. Un jour de paix pour nos mères,  nos enfants. Un jour sans pleurs, sans haine, sans peur, sans peine.

Sur ce, je vous souhaite bonne fête à tous avec  ‘Un jour de paix’  du groupe de rap français 113.

J’me tire.

Le self ramadan chez les étudiants

Ramadan  Crédit: commons.wikimedia.org

Ramadan
Crédit: commons.wikimedia.org

Le ramadan, ça se passe comment chez vous ? Sans doute un mois avec sa dimension religieuse et communautaire : moment de communion, de solidarité, de réjouissances nocturnes où les privations du jour cèdent la place aux libations de la nuit.

Jeûner au cours du mois de ramadan, c’est au sens général s’abstenir de boire, de manger de fumer ou de faire l’amour du lever du soleil jusqu’à son coucher durant ce neuvième mois du calendrier musulman.

Cependant, c’est aussi un temps de partage, de générosité et de joie familiale. Communion avec autrui, confrontation avec soi-même, la vertu de solidarité est mise en l’honneur à travers les usages de la générosité et d’hospitalité.

Que les musulmans jeûnent par piété, par volonté de se mesurer à soi-même, ou par unité culturelle les raisons sont diverses.

A Tunis, en gros ce n’est pas très différent de ce qu’on peut observer au Caire, Dakar, ou Kaboul : restaurants fermés et moins de circulation le jour. Mais aussi consommation de masse, la grande bouffe le soir, bref l’ambiance conviviale en famille.

Mais quand est-il si on vit seul, loin de sa famille ? J’ai rencontré des étudiants qui m’ont parlé du ramadan loin des siens. Quand on est jeune,  vivant loin de sa famille avec des gens qui ne comprennent pas pourquoi s’abstient-on en cette période de chaleur de manger et de boire, ça donne ce que j’ai appelé le self Ramadan (c’est-à-dire un ramadan de choix personnel indépendamment des principes du mois sacré.)

1-    Oumarou : un étudiant Malien, a décidé de jeûner pendant les 10 premiers jours du ramadan uniquement. Il m’explique que ça copine vient de débarquer chez lui pour quelques jours, et  donc logiquement il est impossible pour lui de se priver de certaines choses vu quelle en est pour deux semaines seulement.

2-    Fatou : étudiante Ivoirienne ; aussi ma voisine coiffeuse me dit qu’elle jeûne deux semaines pendant le ramadan, jamais plus. Elle m’explique par le fait qu’elle vient d’une famille catholique du côté maternel et musulmane de son père. Donc elle fait fifty-fifty. Sacrée ivoirienne !

3-    Abdallahi : étudiant Mauritanien, n’est pas seulement approximativement mon homonyme  mais aussi mon ami,  compagnon de chicha. Il m’explique que le ramadan c’est les dix derniers jours. Selon lui, c’est durant les dix derniers jours qu’il y a la nuit du destin. Cette nuit qui selon la tradition musulmane vaut Mille mois, et où les vœux sont souvent exaucés.

4-    Enfin, Latifa une compatriote Tchadienne ; elle aussi ne jeûne que les dix derniers jours. Elle m’informe qu’elle rentre au Tchad dans deux jours et jure qu’arrivée là-bas, elle sera obligée de jeûner le restant du mois.  Donc  pour le moment elle profite de ses journées et que même en flagrant délit, enfin de bouffe, elle trouvera bien une excuse féminine.

Le mérite en est auprès du tout puissant d’en juger le choix de tout un chacun.

 

«Welcome to New York», un film avant tout

La fonction de l’art n’est-elle pas de nous proposer une version inédite de la vie. Quitte à choquer, quitte à blesser, quitte à en tronquer des aspects véritables. Welcome to New york, le film d’Abel Ferrara, porté par Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset, est un long métrage, librement inspiré de l’affaire DSK. Selon le producteur du film Vincent Maraval, 48 000 séances du film ont été vendues en VOD dimanche 18 mai 2014, dès le lendemain de sa mise en ligne. Difficile de jauger la valeur de cette information, le choix de diffuser le film directement en VOD restant inédit. Les médias relayent depuis plusieurs semaines déjà la sortie du film d’Abel Ferrara. Comme prévu, sa projection à Cannes, samedi soir en marge de la compétition officielle, a largement alimenté les discussions.

Au poker, quand on n’a rien dans son jeu, on bluffe. C’est exactement ce qui s’est passé avec Welcome to New York. Depuis plusieurs semaines, ce brûlot ferait en coulisse l’objet de pressions insupportables de la part de l’entourage de l’ex-patron du FMI (Fonds monétaire international) déchu de ses mandats après l’accusation de viol de Nafissatou Diallo, femme de chambre du Sofitel à New York. D’abord je vois le projet du film difficilement réalisable. Chercher des financements avec un sujet (l’affaire DSK), l’argent n’a pas coulé de source, les chaînes se sont pincé le nez en se disant qu’elles auraient bien du mal à diffuser un soft-porn vaguement arty criblé de procédures de justice pour diffamation et atteinte à la vie privée.

Du commentaire banal au jeu de mots graveleux, les spectateurs de Welcome to New York s’en donnent à cœur joie.

   

Le film est violemment critiqué par les médias français qui  le jugent  « malsain « ,  Nicolas Bedos lâche tout simplement : «  Welcome to New York, c’est le film le plus con de l’année ! La forme ? Pauvre, moche, plate, lente. Un film sur le cul qui ne fait jamais bander. «  Je pense que ce n’est pas le film qui est dégueulasse, mais bien le comportement de DSK, tout le monde l’aura bien compris. On ne fait pas forcément un bon film avec un bon sujet, c’est vrai. Mais je dirais qu’il faut voir le film comme un ‘objet film ‘. Il semble  échapper que ce film n’est ni un documentaire ni une enquête journalistique…


Il faut pas regarder ce film comme s’il s’agissait d’un reportage.  Et je pense que c’est là est la vrai intention du réalisateur: surfer sur le goût des gens pour aller voir du sordide et en quelque sorte, leur donner en pâture quelques figures d’une société occidentale. L’ambiance lourde et nauséabonde du film est tout simplement celle qui ressort de cette affaire

PS : merci de ne pas lire dans mes propos une quelconque défense de DSK.

Du racisme ordinaire

Crédit: Wikipédia

Crédit : Wikipédia

Ce sont des histoires d’une injustice criante, et qui pourtant sont monnaie courante. Que ces jeunes femmes et hommes laissant leur famille très loin à la recherche du savoir subissent une discrimination indescriptible. Que ces étudiants soient otages, opprimés, humiliés, torturés, déshumanisés. Qu’ils connaissent une solitude profonde, un traumatisme, une blessure laissant des séquelles irréversibles… Oui, qu’ils aient connu une tempête dévastatrice, un ouragan infernal. Mais sous cette couche de braise, sous ce tas de décombres, une flamme brûle, un esprit demeure pour exprimer son ras-le-bol.

 

Que ça arrive parfois de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Hier après-midi, je me suis retrouvé par hasard à Ariana, un quartier pauvre de la banlieue de  Tunis. Il  se situe au milieu d’une vaste plaine bordée par les plages de Raoued et de Gammarth, par la ville de Carthage et par la colline de Sidi Bou Saïd. J’ai fait la visite de tout le quartier et j’ai eu mal au cœur. Il y régnait une atmosphère lugubre. En cet après-midi, le quartier est bondé de monde.Je dois affronter les regards de ces jeunes qui ne peuvent s’empêcher de fixer ma petite tête de black et les petits commentaires qui vont avec. Ça craint des chômeurs, délinquants, mendiants…  Mais là, je ne sais pas. Je me sentais bien, j’étais confiant. Quand je suis arrivé derrière la mosquée un homme a surgi de nulle part, et m’a attrapé par-derrière, finalement, plus de peur que de mal. C’était juste un mendiant. Il quémande une pitance. Je lui tends une pièce de deux dinars que je sors du fond de ma poche. Je m’attendais ensuite à un warhem waildeik (que Dieu bénisse tes parents) comme c’est l’habitude ici. Sauf que j’ai eu droit à un guéra.

Je me posais des questions comme vous aussi sur ce mot étrange. J’ai pris le chemin de la maison, un peu à la bourre, mais sur mes gardes, juste un peu moins que d’habitude. Après consultation, j’ai appris que guéra  dans le langage populaire tunisien veut dire : singe. Voilà comment à la place d’une bénédiction, j’ai reçu une moquerie, une insulte raciste. Il faut préciser que mes amis m’ont appris très tôt à être prudent, voire méfiant, m’expliquant sur quel danger je pouvais tomber dans certains quartiers. De nombreux faits et propos, ancrés dans la culture tunisienne, témoignent d’une véritable discrimination à l’encontre des Subsahariens, principalement étudiants. Ces agissements proviennent le plus souvent d’une forte méconnaissance et de préjugés véhiculés par les médias. Tout y passe. Changements de place de métro lorsqu’un  Subsaharien s’assoit à côté d’eux, refus de tenir la même barre qu’un Noir dans le bus, versement d’un seau d’eau depuis un immeuble lorsque l’un d’eux passe dans la rue, jets de pierres… Plusieurs amis m’avaient décrit les mêmes faits. Il suffit de recenser les attributs peu sympathiques dont sont affublés ces étudiants  pour prendre conscience du malaise. Obstacles administratifs, persécutions, brutalités, interpellations musclées et disproportionnées, discriminations, racisme ambiant…la liste des maux dont sont victimes les étudiants  est longue et insupportable.

Autant vous dire, voilà comment j’ai reçu mon premier guéra. Mais ce qui m’attriste, c’est que ce n’est pas la première fois que je vis un truc pareil, et que ce ne sera sûrement pas la dernière. Dans mon entourage, j’entends chaque semaine une nouvelle histoire semblable.

Finalement, y a rien d’extraordinaire, rien de nouveau, rien de surprenant à tout ça. Ça ne m’étonne pas, ça n’étonne pas grand monde d’ailleurs, et ça fait partie des galères du quotidien, et c’est bien ce qui me donne l’amertume.

J’en ai ma claque que notre existence soit ponctuée d’évènements de ce genre en ce siècle. J’en ai marre de me méfier, j’en ai marre de répondre “ouais, on fait avec”, j’en ai marre de devoir marcher avec de la musique à fond dans les oreilles pour éviter d’entendre les remarques de tous ces gens qui ouvrent leur gueule quand je marche dans la rue.

Ça me gonfle

J’me tire.